Empreinte carbone des achats en ligne : Amazon, Shein et les autres

Le e-commerce et le climat : une relation plus complexe qu'il n'y paraît

En 2024, le commerce en ligne en France a représenté plus de 175 milliards d'euros de transactions, selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad). Une progression qui ne montre aucun signe d'essoufflement. Chaque commande passée sur Amazon, Shein ou Zalando génère une série d'émissions de CO₂ souvent invisibles pour le consommateur : fabrication du colis, trajet du transporteur, bâtiment logistique climatisé, livraison "dernier kilomètre" en camionnette diesel — sans oublier le trafic numérique des serveurs qui affichent les fiches produits en temps réel.

Mais l'empreinte carbone du e-commerce est-elle réellement plus élevée que celle du commerce physique ? La réponse n'est pas si simple — et elle dépend fortement des comportements de livraison, de retour et de consommation de chaque acheteur.

Amazon : le géant logistique et son bilan carbone

Amazon est à la fois le plus grand acteur du e-commerce mondial et l'un des émetteurs de carbone les plus importants du secteur. Selon son propre rapport de durabilité 2023, ses émissions totales ont atteint 71,54 millions de tonnes de CO₂e — une hausse de 40 % par rapport à 2019, malgré les engagements du "Climate Pledge" visant la neutralité carbone en 2040.

La structure de ses émissions illustre parfaitement le défi du e-commerce :

  • Scope 3 (amont et aval) : 75 % du total, comprenant les marchandises des vendeurs tiers, le transport en sous-traitance et la fabrication des emballages
  • Transport et logistique : principal poste d'émissions opérationnelles, malgré le déploiement de 100 000 vans électriques promis d'ici 2030
  • Data centers AWS : consommateurs majeurs d'électricité, partiellement alimentés par des énergies renouvelables
  • Emballages : Amazon revendique des progrès significatifs (réduction de 37 % du poids d'emballage par livraison depuis 2015), mais le volume total continue d'augmenter

Le programme Amazon Day — qui regroupe toutes vos livraisons de la semaine en un seul jour — est l'une des rares options permettant aux consommateurs de réduire directement leur empreinte liée à la livraison. Malheureusement, il reste peu mis en avant et peu utilisé.

Shein : le cas extrême de la fast fashion en ligne

Si Amazon représente le e-commerce généraliste, Shein incarne l'aboutissement logique de la fast fashion poussée à l'extrême par l'ultra-fast fashion numérique. Ce géant chinois du vêtement à bas coût propose chaque jour entre 2 000 et 10 000 nouveaux articles, à des prix défiant toute concurrence — et tout bon sens écologique.

L'empreinte carbone de Shein est catastrophique à plusieurs niveaux :

  • Fabrication : chaque article Shein est produit en très petite série initiale, déclenchant une production supplémentaire à la demande — un modèle qui crée une illusion d'efficacité mais génère une empreinte logistique aérienne considérable (les vêtements sont expédiés par avion depuis la Chine)
  • Durée de vie des produits : les articles Shein sont conçus pour être portés quelques fois avant d'être jetés — ce qui maximise les émissions par port de vêtement
  • Taux de retour : estimé à 30-40 % pour la fast fashion en ligne, chaque retour génère un aller-retour logistique souvent plus polluant que la fabrication elle-même
  • Fibres synthétiques : les matières utilisées (polyester, nylon) sont issues du pétrole et libèrent des microplastiques à chaque lavage

« Un t-shirt Shein à 5 euros ne coûte pas vraiment 5 euros. La différence de prix, c'est la planète et les travailleurs qui la paient. »

— Rapport de la Fondation Ellen MacArthur sur l'économie circulaire textile, 2023

Pour approfondir l'impact carbone de l'industrie textile dans son ensemble, notre article sur le coût carbone de la fast fashion vous donnera des données détaillées sur ce secteur parmi les plus émetteurs de l'économie mondiale.

La livraison express : le piège écologique du "demain garanti"

La promesse de livraison en 24h — voire en quelques heures avec Prime ou des services de quick-commerce — a un coût environnemental considérable que les plateformes minimisent soigneusement.

Une étude du cabinet de conseil Oliver Wyman publiée en 2023 quantifie cet impact :

  • Une livraison standard (4-5 jours) génère en moyenne 0,5 à 0,8 kg de CO₂e par colis
  • Une livraison express (24h) génère 1,5 à 3 kg de CO₂e par colis — soit 3 à 4 fois plus
  • Une livraison en quelques heures (quick-commerce) peut dépasser 5 kg de CO₂e par livraison, en raison de la fragmentation des tournées et de l'impossibilité d'optimiser les routes

La différence s'explique par plusieurs mécanismes :

  • Les livraisons express sont moins bien regroupées et les camionnettes partent moins pleines
  • La contrainte de délai empêche l'optimisation géographique des tournées
  • Pour les délais ultra-courts, le transport aérien peut être utilisé pour certaines liaisons
  • Les entrepôts "urbains" utilisés pour le quick-commerce sont plus petits, moins optimisés et souvent climatisés

Les retours : le tabou du e-commerce

Le taux de retour moyen du e-commerce en France est d'environ 20 à 25 %, mais il monte à 30-40 % pour la mode et jusqu'à 50 % pour certaines catégories de produits avec essayage à domicile. Ce phénomène, encouragé par les politiques de retour gratuit, génère des émissions considérables et souvent méconnues :

  • Transport aller pour la livraison initiale
  • Transport retour vers l'entrepôt ou le centre de tri
  • Inspection, reconditionnement ou destruction du produit retourné

Un rapport de Narvar révèle qu'aux États-Unis, les retours e-commerce génèrent chaque année 24 millions de tonnes de CO₂ et que 5 milliards de livres de produits retournés finissent directement à la décharge — souvent parce que le coût du reconditionnement dépasse la valeur marchande du produit.

Les emballages : progrès réels, mais volume en hausse

Les emballages représentent environ 10 à 15 % de l'empreinte carbone d'une livraison e-commerce. Plusieurs acteurs font des efforts notables :

  • Amazon développe les emballages "de taille ajustée" (right-sized packaging) qui éliminent les surplus d'air et réduisent le volume transporté
  • La Redoute a adopté des emballages souples 100 % recyclables en papier pour ses vêtements
  • Fnac Darty expérimente la livraison sans emballage pour certains produits encombrants

Mais ces progrès sont largement absorbés par la croissance du volume global de commandes. En France, la quantité totale d'emballages liée au e-commerce a augmenté de 30 % entre 2019 et 2023, malgré les efforts d'optimisation.

E-commerce vs commerce physique : qui est vraiment le plus polluant ?

Contrairement à une idée reçue, le e-commerce n'est pas automatiquement plus polluant que le commerce en magasin. Plusieurs études (MIT, ETH Zurich, ADEME) montrent que :

  • Lorsque le consommateur se déplace en voiture individuelle pour faire ses courses, le commerce physique peut être plus émetteur que le e-commerce pour des articles petits et légers
  • En revanche, quand le consommateur se déplace à pied ou en transports en commun, ou qu'il groupe ses achats en une seule sortie, le commerce physique redevient plus avantageux
  • Le point de rupture se situe généralement autour de 3 à 5 km de distance parcourus en voiture : au-delà, le e-commerce devient globalement moins émetteur

Les gestes concrets pour réduire l'empreinte de ses achats en ligne

En tant que consommateur, plusieurs actions permettent de réduire significativement l'impact climatique de ses achats en ligne :

  • Grouper ses commandes : une seule commande de 5 articles génère moins d'émissions que 5 commandes séparées
  • Éviter la livraison express : choisir systématiquement la livraison standard ou le point relais
  • Utiliser les points relais : la livraison en point relais permet de consolider plusieurs livraisons en un seul arrêt, réduisant les émissions du dernier kilomètre
  • Réduire les retours : vérifier attentivement les tailles, lire les avis, regarder les vidéos produits avant d'acheter
  • Éviter la fast fashion en ligne : privilégier les achats de seconde main (Vinted, Leboncoin) ou les marques à durabilité documentée
  • Favoriser les acteurs locaux : de nombreuses boutiques locales proposent la livraison à vélo-cargo dans les zones urbaines

Pour adopter une approche globale de consommation responsable et réduire votre empreinte carbone sur l'ensemble de vos achats, notre guide complet sur comment commencer une consommation responsable vous donnera une feuille de route accessible et sans dogmatisme.

Conclusion : le e-commerce a besoin d'une révolution écologique

Le e-commerce n'est ni le diable ni le sauveur de la consommation durable. Son impact climatique dépend massivement des choix de livraison, des politiques de retour et des types de produits achetés. Les plateformes ont une responsabilité considérable dans l'évolution de leurs modèles logistiques — et des progrès réels sont à l'œuvre. Mais en attendant que les acteurs systémiques transforment leurs pratiques, chaque consommateur dispose de leviers concrets pour réduire l'empreinte de ses achats en ligne, sans renoncer à la commodité du commerce numérique.

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